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Forum de fan fiction sur l'univers de Pirates des Caraïbes
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Je viens de me rendre compte que je n'avais jamais posté celle-ci ici.
Voilà qui est chose faite !
J’allais me mouvant dans l’ombre
Le soleil fuyait mon visage
Les jours coulaient sans encombre
C’était mon destin, mon image
Mon destin… J’ai envie de dire aujourd’hui : tu étais mon destin. Je regarde mon fils dormir, paisible, un doigt dans la bouche, et je me souviens. Je n’avais pas vingt ans et ma vie me paraissait terminée avant même d’avoir commencé tant elle semblait toute tracée. A cette époque, je ne faisais aucun projet d’avenir : il me semblait que je pouvais savoir à quoi exactement ressemblerait chacune des journées de mon existence future. J’évoluais dans la haute société de Port-Royal, allant de fêtes en cérémonies, jouant de l’éventail, me laissant courtiser à l’occasion, tout en sachant très bien qu’il n’y aurait aucun lendemain à ces histoires. Je m’en rends compte aujourd’hui, je m’ennuyais.
Bien sûr, je pensais à toi. Depuis l’instant où nous nous sommes rencontrés, il ne s’est pas passé un seul jour sans que je pense à toi. Parfois, je me surprenais à rêver que nous courions ensemble sur la grève, pieds nus et les cheveux au vent. Que nous grimpions ensemble dans les rochers, que nous nous promenions seuls sans chaperon. Mais je ne croyais pas que cela puisse réellement se produire, c’était un peu comme quand on imagine qu’on a le pouvoir de voler : c’est grisant mais irréel.
J’allais épouser le commodore Norrington et mener la vie qui convenait à mon rang. Je n’avais pas de doute là-dessus. Même si James ne m’avait pas encore demandé ma main, je savais depuis longtemps qu’il le ferait. Et je savais que j’accepterais, car c’était ce que l’on attendait de moi. Et puis James était un homme bien, j’avais de l’estime et même de l’affection pour lui. Tout cela paraissait si évident, si inéluctable, qu’il ne m’était jamais venu à l’esprit de me demander si ça me plaisait. Ce que je pouvais être gourde, quand j’y repense ! Bref, j’avais une perspective de vie pareille à l’image de moi-même que je renvoyais au monde.
Mais la lumière est là
Quel mystère autour de moi
C’est ton envoûtement
Si tu n’étais pas là
On ne me verrait même pas
C’est magique, c’est troublant
Libre grâce à toi
Toutes mes craintes volent en éclats.
C’est indirectement à Jack que je dois la révélation qui m’a permis d’être enfin moi-même. Rien que sa venue à Port-Royal a entraîné tous ces événements qui ont irrémédiablement brisé le cours de nos vies trop sages (trop sages et sans grande saveur, il faut bien le dire). Mais te souviens-tu ? Après l’île de la Muerta, lorsqu’il a failli être pendu. Moi, j’étais là sans rien faire, une vraie potiche. J’ai honte quand j’y pense. Et pourtant, j’avais essayé ! Comme je l’ai fait pour toi, j’avais tenté de plaider sa cause auprès de mon père et de James, mais en vain : tous deux m’avaient bien fait comprendre que s’ils acceptaient de fermer les yeux pour mon ami d’enfance, ils ne feraient rien de tel pour le pirate Jack Sparrow ! J’avais le cœur lourd ce jour-là mais encore une fois, je donnais de moi-même l’image que l’on attendait de la fille du gouverneur.
Will, te souviens-tu ? C’est ce jour là que pour la première fois tu m’as déclaré ton amour. Ces mots que j’avais tant espérés sur l’île, puis que je m’étais reproché d’avoir attendus, enfin tu les as prononcés ! Et tu l’as fait en public, personne ne pouvait plus ignorer tes sentiments à mon égard après cela ! Ensuite, sans souci des risques, tu t’es précipité au secours de Jack. Moi, j’ai tremblé pour toi ! C’est vrai, nous lui devions bien cela ; naturellement, je ne voulais pas sa mort ; mais je voulais encore moins la tienne ! Et tout à coup, tout s’est mis en place. J’ai vu enfin, avec netteté, ce que je savais au fond de moi depuis toujours, même si jamais je n’avais osé l’admettre. J’ai compris que ma vie, sans toi, serait vide de sens. Je me suis vue moi-même un moment plus tôt : une potiche ! Une jeune fille comme toutes les autres, absolument semblable à toutes les jeunes filles de la bonne société, des pions interchangeables. J’ai su alors ce que je voulais. J’ai su que je voulais vivre ma vie et non pas la laisser seulement passer, comme je l’avais toujours fait jusque là. Soudain, tout était différent. Tout était incroyablement facile, tout à coup. Facile de m’interposer entre toi et les soldats. Facile de faire connaître à mon tour mes sentiments et de rompre mes fiançailles avec James au vu et au su de tout le monde. Facile de faire comprendre à mon père que j’avais choisi ma voie et que plus rien ne m’en ferait dévier.
Libre, enfin !
Le monde s’est ouvert à nous à cet instant et, à partir de là, plus rien n’a jamais été comme avant.
J’ai vu un monde enchanté
Esprit et charme dans l’air
J’ai toujours imaginé
Que j’y étais solitaire
Durant toute mon enfance, j’ai rêvé de pirates. Mais dans mes rêves, ils étaient bien différents de tous ceux que j’ai rencontré dans la réalité, je t’assure ! J’en étais venue à me dire que tout cela n’était qu’enfantillage de ma part quand j’ai compris, au fil de toutes nos aventures, que tu incarnais à la perfection l’idéal que je m’étais forgé autrefois. Mais faut-il s’en étonner ? Le fait est que je t’ai toujours aimé, aussi est-il finalement assez logique que tu aies toujours occupé mes rêves.
Ce pouvoir merveilleux
S’est révélé à mes yeux
Par ton envoûtement
De moi tu te joues
Et mon âme te suit partout
Car tous tes sortilèges
Se tiennent et se protègent
Tous tes rêves les plus fous
Et moi, moi j’y crois
C’est extraordinaire de respirer du même souffle que celui que l’on aime, de sentir son cœur vibrer à l’unisson avec le sien, de savoir que quoi qu’il arrive nos sentiments ne changeront jamais. Grâce à cela, j’attends ton retour avec une certaine sérénité.
C’est vrai, tu es loin de moi et pour longtemps encore, pourtant, tu as toujours été si présent dans chacune de mes pensées que rien n’a réellement changé. Je me sens plus proche de toi aujourd’hui que je ne l’ai jamais été. Nous avons déjà partagé et affronté tant de choses, toi et moi, que j’ai parfois le sentiment qu’une part de moi-même est toujours présente en toi et inversement. J’aime cette idée. J’aime penser que tu ne m’as pas totalement quittée et qu’une petite part de moi-même navigue avec toi sur le Hollandais Volant, à la frontière des mondes. Et pourquoi non ? Pourquoi ne serait-ce pas le cas ? Lorsque le côté le plus pragmatique de ma personnalité trouve à objecter quelque chose, je me souviens de ce que m’a dit Barbossa, un jour : « Commencez à croire à ces histoires, vous en vivez une ».
C’est la pleine lune ce soir
J’y lirai ton envoûtement
Qui me laisse alanguie
Et sans défense comme l’enfant
J’ai brisé toutes les chaînes
Seulement l’infini
Est lourd comme l’océan
Je deviens enfin moi-même
Je deviens moi-même
Notre fils dort près de moi, la nuit a envahi la pièce, un rayon de lune tombe sur son visage et moi, à travers lui c’est encore toi que je vois. Je repense à nos baisers, à nos étreintes, je me souviens de ces quelques heures magiques qui nous ont été données avant ton départ, d’autant plus précieuses que nous savions combien le temps nous était compté. Révélés l’un à l’autre, l’un par l’autre, notre complémentarité est désormais totale, trop absolue pour se laisser entamer par le temps et la distance. Nous nous sommes mutuellement choisis, voilà la pensée que je garde à l’esprit, et choisir, c’est être libre.
Assumer ses choix, c’est se montrer fort.
Alors, soyons ce que nous sommes, soyons forts, soyons fous ! Brisons toutes les entraves, lâchons la bride à nos rêves, laissons courir sur l’immense océan nos pensées les plus folles afin qu’elles puissent se rejoindre et, comme dans cette chanson que j’aimais tant étant enfant : « Trinquons, mes jolis, yo ho ! »
Fin
Message: http://empress.xooit.com/t278-Une-telle-evidence.htm
Titre : Angie
Auteur : Flying Dutchess
Résumé : Petite partie du passé de Teague, sur fond d'Angie, la merveilleuse chanson des Rolling Stones.
Rating : K
Disclaimer : Teague c'est Disney et la chanson est signée Keith Richards et Mick Jagger.
Genre : OS, Song Fic, Romance
Note : Le passé est en italique, le présent en caractères normaux.
Message: http://empress.xooit.com/t277-Angie.htm
J'inaugure et en profite pour dire qu'il manque le rating ...
Sinon j'aime beaucoup le début et le style d'écriture toujours impeccable , les passages "nous quittes" m'ont fait rire !! Bravo et vivement la suite
Message: http://empress.xooit.com/t275-Commentaires-pour-sur-la-la-plage-abandonne.htm
Disclaimer: Pirates des Caraïbes est la propriété de Disney
rating: K+
« Attendez un peu, les amis ! protesta-t-il. Où m’emmenez-vous ? »
Les soldats restèrent de marbre, quand ils furent rejoints pas deux de leurs collègues, dont le visage était familier à Jack.
« Allons bon, vous l’avez eu ! fit le plus gros, ses yeux bleus écarquillés. Il n’a pas fait d’histoire ? »
La mémoire revint alors à Jack :
« Eh, je vous replace, tous les deux ! Vous, vous êtes Murtogg, c’est ça ?
– Non, Murtogg c’est moi, dit son ami à l’air simplet. Lui, c’est Mullroy.
– Dois-je comprendre que je suis encore une fois prisonnier de l’estimable commodore Norrington ? Tout va bien, alors, je ne tarderai pas à m’échapper. »
Mullroy prit un air important :
« Non, nous avons été promus. Nous faisons désormais partie de l’équipage du HMS Foudroyant, capitaine Addison.
– Je ne sais pas si le « je n’en peux plus, je vous affecte sur le Foudroyant, cela limitera les dégâts» du commodore signifiait vraiment une promotion, remarqua Murtogg, perplexe.
– Oh, tais-toi ! Un coup d’œil sur le Foudroyant suffit pour s’apercevoir que c’est le plus beau navire de l’escadre !
– Oui, mais on m’a dit que sous ses jolies peintures la coque était…
– Taisez-vous tous les deux ! trancha un des fusiliers en posant une main de fer sur l’épaule de Jack qui commençait à lorgner vers un coin de rue dans lequel s’engouffrer. Le capitaine Addison n’aime pas attendre, et il n’accepterait pas que cette canaille nous échappe. »
Quelques temps après, à bord d’une chaloupe, Jack contemplait sombrement le navire à deux-ponts qui le surplombait. Mullroy n’avait pas menti en vantant l’allure du Foudroyant. Les peintures et les dorures étaient éclatantes, et tout évoquait la propreté et la netteté. En comparaison, même le HMS Intrépide, la fierté de Norrington, faisait pâle figure.
Une fois sur le pont, cependant, un coup d’œil aux matelots qui s’activaient avec une expression soit maussade soit complètement terrifiée ne manqua pas de l’interpeller. Il avait déjà sa petite idée sur le genre de capitaine qu’Addison pouvait être.
Un jeune homme aux épaules larges, vêtu d’un impeccable uniforme de lieutenant, rejoignit le groupe.
« Parfait, on ne nous avait pas menti, je vois. Il était bien dans la taverne qu’on nous avait indiquée ?
– Oui, monsieur, » répondit le chef du petit détachement.
Le lieutenant eut un sourire mauvais à l’adresse de Jack, puis se tourna vers Mullroy.
« Prévenez le capitaine. Il voudra sans doute dire deux mots à Sparrow avant de lui faire passer le reste du voyage à fond de calle… Ou de le pendre directement à la grande vergue.
– Ce serait aimable de sa part, en effet », marmonna Jack.
L’officier le dévisagea un instant froidement, avant de le gifler.
« Silence, pirate ! Tu ne parleras que quand on t’adressera la parole ! »
Jack se retint de rouler des yeux devant cette impressionnante démonstration d’autorité. Mullroy revint au pas de course et, saluant le lieutenant, annonça qu’Addison désirait effectivement qu’on lui amène Sparrow.
Le pirate fut conduit vers l’arrière du navire, observant en passant tous les signes qui pourraient se révéler utiles en vue d’une future évasion. Mis à part un jeune aspirant à l’air bovin qui accablait un matelot de coups de garcette pour avoir été trop lent à descendre du mat de misaine, le court trajet ne fut pas particulièrement notable, et quelques minutes après, il pénétra dans la grande cabine. Les fenêtres d’étambot, donnant sur le port, étaient ouvertes dans une vaine tentative de faire entrer un peu d’air frais.
Le capitaine Addison se détacha de la contemplation de la rade et s’approcha de Jack, toujours fermement encadré de deux fusiliers-marins. C’était un homme mince de taille moyenne, d’une quarantaine d’années, dont le visage en lame de couteau s’éclaira d’un sourire de froide satisfaction à la vue du prisonnier.
« C’est bien lui, en effet. Je n’oublierai pas de sitôt le jour où il a échappé à la potence.
– J’en suis heureux, ma sortie était particulièrement soignée pour marquer les mémoires, répondit Jack d’un ton léger.
– On ne t’a pas adressé la parole ! aboya dans son dos le lieutenant.
– Merci, monsieur Manley, coupa Addison avec un mouvement de la main négligent. Veuillez veiller immédiatement aux manœuvres d’appareillage. Nous devons regagner Port Royal sans tarder. »
Manley disparut, au grand soulagement de Jack.
« Curieux que vous ne me remettiez pas aux mains du gouverneur de Nassau, mon vieux. Mais ce n’est pas pour me déranger. J’aurais tout le temps de m’échapper de votre barcasse avant que nous arrivions en vue de la Jamaïque.
– Je n’ai pas à discuter de ce genre de choses avec vous, grinça Addison, mais, disons que Port Royal me semble le lieu le plus approprié pour mener à bien, une bonne fois pour toutes, la petite, hum, formalité qui a été interrompue la dernière fois. Votre ami Turner et sa chère et tendre ne pourront pas toujours nous jouer le même numéro… »
Se disant, Addison ne cessait d’aller et venir devant Jack d’un pas presque sautillant, un air de contentement excessif plaqué sur son visage sévère. Le pirate commençait à soupçonner l’officier de s’être un peu trop exposé au soleil.
« Non, non, cette fois vous ne vous défilerez pas, Sparrow, inutile de vous bercer d’illusions. Vous avez affaire à un officier de la vieille école, et je ne m’en laisserai pas compter comme ce blanc-bec de Norrington.
- Tss, ce n’est pas bien de débiner ses supérieurs. »
Les allées et venues du capitaine cessèrent immédiatement.
« Amenez ce pirate dans ses, hum, quartiers. Les menottes seront superflues une fois là-bas… Vous vous apercevrez, Sparrow, que la discipline et la loyauté sont les maîtres mots sur ce navire et les petites ruses que vous ne manquerez pas d’élaborer dans votre coin ne déboucheront sur rien cette fois-ci ! »
Jack eut un petit salut ironique, et prit le chemin de sa cellule légèrement plus détendu. Loyauté et discipline ? Jack savait reconnaître au premier coup d’œil un équipage soumis à des officiers tyranniques. En tirer parti ne serait sans doute pas bien difficile…
…
Trois jours plus tard, lourdement ballotté par le tangage et le roulis d’un navire voguant en pleine mer, Jack devait s’avouer qu’il avait été un peu optimiste.
Il ne lui avait pas fallu longtemps pour comprendre la conduite d’Addison. Celui-ci n’avait pas semblé très joyeux d’être le subordonné de Norrington, et ramener Jack à Port Royal pour lui passer la corde au cou serait réussir là où le commodore avait échoué. Le remettre aux autorités de Nassau après l’avoir trouvé endormi dans une taverne lui aurait sans doute paru trop facile et peu susceptible de lui rapporter une gloire qui ferait passer au second plan les hauts faits de son supérieur hiérarchique.
C’était intéressant. Un équipage poussé à bout et une rivalité entre officiers, voilà un bon terrain à exploiter.
Malheureusement, ses seuls contacts pour l’instant n’avaient été qu’un marin sourd comme un pot qui lui apportait une maigre pitance et le lieutenant Manley, duquel il avait appris à se tenir éloigné. Difficile de semer les graines de la discorde dans ces conditions.
Ce matin-là, Jack fut tiré de son sommeil irrégulier, non par l’arrivée habituelle de Manley venu le tourmenter, mais par des coups de canon, des sifflements et une agitation inhabituelle au-dessus de sa tête. S’essuyant les yeux, il réalisa que le Foudroyant avait mis en panne.
Le pirate tendit l’oreille, espérant comprendre la raison de cet arrêt, mais les ordres aboyés ne lui parvenaient pas avec assez de précision.
Après quelques temps, le navire reprit sa route. Il ne semblait y avoir eu aucun combat et la canonnade qu’il avait entendue ne devait être qu’un simple salut.
Le matelot sourdingue ne vint pas, mais à sa place Manley et deux fusiliers firent leur apparition.
« Debout, pirate, il y a de la visite. »
Le lieutenant ouvrit la geôle tandis que les soldats tenaient Jack en joue de leur fusil à baïonnette.
« Allons bon, de la visite, voyez-vous cela. Et qui me fait l’honneur…
– Le Foudroyant a croisé l’Intrépide ce matin. Il se dirigeait vers Port Royal, mais il est obligé de s’arrêter à Nassau pour réparations. Le commodore Norrington a décidé de rentrer à notre bord, expliqua Manley d’un ton hautain.
– C’était donc la raison de ce cirque. Alors ce brave Norrington veut absolument me voir ? Mais c’est drôlement flatteur, dîtes-moi. »
L’officier serra les dents avant de lâcher :
« Tu ferais bien de te montrer moins insolent quand tu seras en face de lui.
– Bah, pourquoi ? On est de vieux amis, lui et moi, on ne fait pas de manières. Il a l’habitude… »
Cinq minutes plus tard, alors qu’un joli coquard se formait sur l’œil droit de Jack, il arriva devant la porte de la cabine d’Addison, lourdement gardée. Des éclats de voix lui parvenaient de l’intérieur.
« Je peux vous assurer, commodore, disait le capitaine d’un ton outragé, que mon navigateur a parfaitement calculé notre route, et qu’il connaît son métier.
– Ce ne sont pas ses compétences que je met en doute, répliqua une voix familière, qui trahissait une certaine exaspération. J’eusse simplement préféré un autre itinéraire. Nous ne sommes pas à un jour près, et ce passage, avec ses hauts-fonds et ses récifs, n’est pas le plus simple à négocier en cette saison.
– Avec tout mon respect, commodore, je me permet néanmoins de vous souligner ma longue expérience… »
Un des fusiliers-marins toqua à la porte, et l’échange s’interrompit immédiatement. Quand Jack fut propulsé dans la cabine, les deux officiers étaient silencieux, mais la tension semblait à couper au couteau.
Addison, très rouge, paraissait à deux doigts d’exploser. Norrington était plus calme, mais Jack reconnaissait sans peine son attitude d’agacement contrôlé pour l’avoir lui-même provoquée plus d’une fois.
« Comme vous pouvez le constater, commodore, nous n’avons pas fait erreur sur la personne.
– Mais je n’en ai jamais douté. » répondit sèchement Norrington.
Il détailla Jack avec hostilité, comme s’il lui reprochait d’avoir été suffisamment stupide pour se faire prendre par Addison. Ce qui était probablement le cas, même si l’officier ne l’avouerait jamais, se dit le capitaine du Black Pearl.
« Salut, vieux, lança-t-il de son ton le plus provocant. Comment ça va, ces temps-ci ? Je vous trouve un peu pâlichon. J’espère que vous ne vous surmenez pas pour oublier vos déceptions amoureuses. »
Norrington ne mordit pas à l’hameçon et sans condescendre à lui répondre, il se tourna vers Addison :
« Le confier aux bons soins des autorités de Nassau aurait tout de même été plus diplomatique… »
Le sujet devait déjà avoir été abordé avant l’arrivée de Jack, à en juger par l’expression d’impatience du capitaine :
« J’ai seulement pensé que cela vous agréerait davantage d’assister vous-même à son exécution, » dit-il d’un ton mielleux.
Jack ne fit guère d’efforts pour réprimer le ricanement que suscitèrent ces paroles :
« Ce n’est pas vraiment la même version que vous m’avez chanté quand j’ai fait la même remarque, l’ami. »
Addison parut sur le point de le frapper, mais se ravisa et s’adressa à Norrington, qui restait impassible :
« Bien sûr, nous pouvons le pendre tout de suite. Après tout, son procès a déjà eu lieu il y a six mois à Port Royal, il a été reconnu coupable de ses crimes et condamné. Rien ne nous empêche, légalement, de…
– Non, il vaut mieux procéder à l’exécution à terre. Une pendaison en mer, fusse-t-elle celle d’un pirate, n’est jamais une très bonne chose pour le moral d’un équipage. »
Le froncement de sourcils d’Addison en disait long sur l’endroit où il imaginait que Norrington pouvait se mettre le moral de l’équipage, mais il n’osa pas protester.
« Je dois encore vous louer pour votre magnanimité, commodore. Pas à dire, vous êtes un chic type, fit Jack, cherchant toujours à titiller les deux officiers.
S’il arrivait à les faire sortir de leurs gonds et les monter ouvertement l’un contre l’autre…
« J’ai également pensé, reprit Addison, une note d’espoir dans la voix, que nous pourrions lui faire cracher où est le Pearl. Sparrow était seul quand nous l’avons capturé, mais son navire peut être dans ses eaux, prêt à l’accueillir. Le lieutenant Manley, que vous avez rencontré – un très bon officier, je dois dire, famille très respectable – a un véritable don pour interroger des crapules de ce genre. »
La suggestion n’était pas pour séduire Jack. Il ne doutait pas que Manley s’y entendait pour ce genre d’entreprise.
– Je vous crois sur parole, répondit le commodore d’un ton neutre. Cela étant, dans le cas de Sparrow, il est certainement inutile d’aller chercher bien loin. Considérant ses compétences comme capitaine, il s’est sans doute à nouveau fait voler son navire. »
Norrington lança à Jack un regard méprisant du plus bel effet, et celui-ci s’apprêta à protester. Mais, aussi étonnant que cela puisse paraître, le pirate savait quand il était dans son intérêt de se taire. Qu’ils mettent en doute ses capacités, si cela lui évitait un petit passage entre les mains de Manley !
Addison parut sincèrement déçu, et son expression était toujours amère quand Norrington ordonna que Jack fût raccompagné dans ses « quartiers ».
Le flibustier passa le reste de la journée à ruminer. Tous les éléments étaient à portée de main pour créer un joli petit désordre qui lui permettrait de tirer son épingle du jeu et de s’enfuir. La difficulté était de trouver le moyen de mettre le feu aux poudres. La nuit tombante le trouva somnolent sur le problème. Avant de tomber dans le sommeil, Jack perçut un léger changement dans l’avancée du navire – le temps semblait se gâter – mais ses yeux se fermèrent avant qu’il puisse s’en assurer.
…
Le pirate fut réveillé en sursaut par un choc brutal, agrémenté d’un monstrueux craquement de bois en train de se fendre.
Bondissant sur ses pieds, il essaya de comprendre ce qui arrivait. Il ignorait combien de temps il avait pu dormir, mais le mauvais temps ne semblait pas s’être calmé. Le bruit de la pluie et des vagues ne couvrait pas les cris qui raisonnaient au-dessus de sa tête. Jack s’aperçut alors d’un détail pour le moins perturbant : le bois sous ses pieds, jusque-là d’une humidité relativement normale, commençait à être recouvert par une couche d’eau qui, mine de rien, montait allégrement.
La dispute de Norrington et Addison sur la route à suivre lui revint en mémoire. Nul doute que les craintes du commodore avaient été fondées et que le Foudroyant avait rencontré un récif qu’il n’avait pu éviter dans la nuit orageuse.
La situation était des plus préoccupantes. L’équipage devait être aux abois, et aucune attention ne serait portée sur lui… Mais s’il ne trouvait pas bientôt le moyen de sortir de sa cellule, la diversion ne serait même plus inutile, mais carrément néfaste pour sa personne.
L’eau salée lui arrivait aux cuisses et Jack n’avait pas toujours trouvé de solution à l’épineux problème lorsque Murtogg et Mullroy déboulèrent tous les deux, une expression paniquée sur leur visage niais, et s’approchèrent en pataugeant.
« Tenez et faites vite ! » lança Mullroy en lui jetant un trousseau de clefs avant de faire demi-tour, son comparse sur ses talons.
Jack ne prit pas le temps de se réjouir de la miraculeuse initiative des deux fusiliers-marins. Il trouverait toujours le temps de leur accorder une pensée charitable quand il serait libre et en sécurité.
Lorsqu’il émergea sur le pont, noyé sous des trombes d’eau, ce fut pour découvrir, sans surprise, un navire plongé dans le chaos. Loyauté et discipline, les maîtres mots du capitaine Addison, avaient été jeté par-dessus les moulins, et les marins qui n’avaient pas encore quitté l’épave couraient dans tous les sens, pillant joyeusement dans les réserves d’alcool et les quartiers des officiers, qui n’étaient nulle part en vue.
Jack évita un matelot ivre et regardant les flots, il vit deux cotres chargés d’hommes s’éloigner. Espérant brièvement que les braves Murtogg et Mullroy avaient pu y trouver place, le forban se préoccupa de sa propre peau. À quelques mètres du navire, une chaloupe vide bringuebalait au milieu des vagues. S’il parvenait à la rejoindre à la nage, il aurait peut-être sa chance de survivre…
Ce fut finalement plus facile qu’il ne l’avait pensé, et quelques minutes plus tard, il ramait vigoureusement, s’éloignant du navire en perdition. Il n’avait pas la moindre idée de l’endroit où il se trouvait, mais la priorité était de passer à travers ce mauvais grain. Il avait connu pires tempêtes, mais se maintenir à flot commençait à devenir fatigant.
Des cris lui parvinrent par-dessus le hurlement du vent et tournant la tête à tribord, il aperçut un homme qui se débattait et nageait tant bien que mal dans sa direction. Sans doute un des matelots du Foudroyant tombé à la baille ou qui n’avait pas eu le temps d’embarquer dans un des cotres avec ses compagnons.
Jack fit de son mieux pour se rapprocher de lui. L’homme parvint tant bien que mal à se hisser à bord en toussant et crachant. Le pirate ne le reconnut pas immédiatement, mais quand il y parvint, un juron lui échappa.
Norrington était méconnaissable. Il s’était débarrassé de tout ce qui aurait pu l’entraîner par le fond, chaussures, manteau galonné, épée de cérémonie, et une vilaine coupure courait de son cuir chevelu à son menton, couvrant de sang une bonne partie de son visage. La présence de Jack à bord du canot providentiel ne sembla pas le déranger. Il faut dire qu’à peine à bord, le commodore perdit connaissance.
Jack poussa un soupir. Combien de personnes y avait-il bien pu avoir à bord d’un navire comme le Foudroyant ? Plusieurs centaines. Mais bien sûr, le seul individu qu’il tirait de l’eau, c’était Norrington.
…
Le jour se leva sur une mer apaisée, un ciel bleu, et un Jack ramant en direction d’une île dans le lointain, faisant le point sur sa situation. Elle n’était pas brillante, mais il y avait tout de même une nette amélioration par rapport à la veille.
Au nombre des inconvénients : pas d’eau, pas de nourriture à part quelques biscuits de mer qui se battaient en duel dans une boite humide calée au fond de la barque, et Norrington, toujours inconscient, qui si pour l’instant se contentait d’être un poids mort, serait certainement bien pire à supporter quand il aurait recouvré ses sens.
Au nombre des opportunités : l’île qu’il finirait bien par atteindre et qui avec un peu de chance était pourvue en eau potable et vivres. Et si jamais les vivres faisaient défaut, Norrington pourrait bien ne pas être totalement inutile. À cela s’ajoutait un sabre d’abordage, un pistolet et une petite réserve de poudre, mouillée pour l’instant, qui pourraient toujours servir.
Jack était en train de réfléchir à la meilleure manière d’accommoder un officier britannique, quand ledit commodore commença à remuer.
« Seigneur, ma tête », gémit-il en portant la main à celle-ci.
Ses yeux vitreux se posèrent enfin sur Jack.
« Allons bon, Sparrow.
– En personne, mon vieux… J’espère que vous n’êtes pas trop fumasse d’avoir été sauvé par un pirate. »
Norrington lui lança un regard vide, comme s’il ne comprenait pas ce qu’il venait d’entendre.
« Vous êtes mon débiteur, l’ami, insista joyeusement Jack. Sans moi pour vous tirer de l’eau, vous seriez en train de nourrir les poissons, à l’heure qu’il est. »
Le commodore fronça les sourcils avant de hausser les épaules.
« Oh, bien, nous sommes quittes, alors, pour l’instant. »
Jack s’arrêta un instant de ramer :
« Je crois que le choc que vous avez reçu a un peu endommagé votre esprit étriqué. Je vais résumer les choses pour qu’elles soient à votre portée : hier, vous en train de vous noyer. Moi vous avoir tiré de l’eau. Vous, débiteur de moi. »
Norrington semblait être redevenu suffisamment lui-même pour le gratifier d’un de ses regards excédés.
« Et dîtes-moi, comment êtes-vous sorti de votre cellule ?
– Oh, c’est toute une histoire. L’ingéniosité dont j’ai pu faire preuve…
– À votre avis, messieurs Murtogg et Mullroy, tous braves qu’ils sont et fort désireux de vous éviter de périr comme un rat dans votre geôle, auraient-ils eu assez d’initiative et d’audace pour vous libérer s’ils n’en avaient pas reçu l’ordre ? »
Jack ouvrit la bouche avant de la refermer.
« Pourriez-vous répéter, mon vieux ?
– De façon à ce que le message soit à votre portée ? Moi, donner l’ordre de libérer vous. Nous, quittes.
– Comme c’est spirituel. Mais je dois avouer que je suis un peu perdu… »
Norrington gratta machinalement le sang séché autour de sa blessure, spectacle peu ragoûtant.
« Vous avez été condamné à la pendaison. Je veille seulement à ce que la loi soit appliquée. Vous finirez la corde au cou, comptez sur moi.
– Voilà qui fait chaud au cœur, » marmonna Jack dans sa barbe, tandis que l’officier se rallongeait et fermait les yeux, une expression de douleur sur son visage abîmé.
Le pirate farfouilla dans la boîte et en sortit deux biscuits de mer. Tendant celui qui semblait le plus riche en charançons à Norrington, il croqua vaillamment dans l’autre.
« Quand vous en aurez fini, vous me relayerez un peu. Je n’entretiens pas de bouches inutiles. »
Norrington poussa un grognement mais obtempéra. Les heures suivantes virent les deux hommes se succéder pour ramer dans un silence quasiment complet. Jack avait bien commencé à babiller pour asticoter le commodore, mais ce dernier ne lui accordait pas suffisamment d’attention pour que le jeu en vaille la chandelle.
Le soleil était presque à son zénith et la chaleur insupportable quand ils posèrent enfin le pied sur l’île. La gorge de Jack était douloureusement sèche – en fait, il avait bien fait d’économiser sa salive – et Norrington ne paraissait pas en meilleure forme.
Il désigna faiblement la forêt de cocotiers qui bordaient la plage et Jack hocha la tête. Bon point, effectivement.
« Regardez, » croassa soudain Norrington en lui saisissant la manche.
Jack se dégagea et suivit le regard du commodore. À l’autre bout de la plage se détachait deux silhouettes.
Le pirate saisit dans la barque le sabre d’abordage et le pistolet et les attacha passa à sa ceinture, avant de jeter un coup d’œil hésitant à Norrington. S’il fallait se battre, il aurait peut-être besoin de son aide, mais de là à lui donner une arme… L’officier avait eu beau prétendre que la pendaison était la seule mort qu’il envisageait pour lui, il ne fallait pas tenter le diable.
Norrington sembla deviner ses pensées, car avec un sourire sardonique il tira de sous sa chemise une mince dague.
« Ce sont peut-être d’autres naufragés, suggéra-t-il comme ils s’approcahient prudemment des hommes qui ne les avaient pas vu.
L’un d’eux allait et venait entre la mer et un amas de rochers tandis que l’autre, juché dessus, qui semblait prendre la pose, se contentait de l’observer. Après quelques mètres, Jack compris que le marcheur était simplement en train de décharger un canot de divers tonneaux et paquets. Quelques mètres de plus et il s’arrêta en poussant un grognement de désespoir qui fit tourner vers lui tous les regards.
L’homme qui se tenait debout sur le monticule était le capitaine Addison.
…
À suivre.
Message: http://empress.xooit.com/t274-Sur-la-plage-abandonnes.htm
Mes OS Concours:
Que sera mon destin demain ?
Rating: K.
Pairing: Sparra
Genre: Romance
Résumé: Une autre version de la scène de la confrérie : mode Sparra.
Lien : http://empress.xooit.com/t201-Que-sera-mon-destin-demain.htm
Mais je t'aime mon ange
Rating: K+.
Pairing: Jack/Liz
Genre: Romance
Résumé: Molokai. Trois ans après AWE, les retrouvailles entre Liz et Jack.
Lien : http://empress.xooit.com/t270-Mais-je-t-aime-mon-ange.htm#p2334
Dans tes bras celle que tu désireras le plus en ce monde.
Rating: AP.
Pairing: Sparra
Genre: Romance
Résumé: Durant la confrérie, les pensées de Jack
Lien : http://empress.xooit.com/t230-Dans-tes-bras-celle-que-tu-desireras-le-plus-…
Où il est question de trois questions
Rating: Petit MA.
Pairing: Jack/Liz Liz/Sao Sao/Jack
Genre: Romance Jeu
Résumé: Une scène modifiée d'AWE. Liz monte à bord de l'Empress. Changement : Jack l'accompagne. Que sont capable un Sparrow et un Feng en compagnie d'une Swann ? Indice : Action ou Vérité?
Lien : http://empress.xooit.com/t265-Ou-il-est-question-de-trois-questions.htm
La légende
Rating: K+
Pairing: Aucun.
Genre: Mystère, famille, Humour.
Résumé: Jack est jeune, il vient de recevoir sa marque. Il est désespéré, il rêve à des choses qu'il ne devrait pas voir. La faucheuse l'observe, et venez donc découvrir de quoi elle pense de ce simple mortel!
Lien : http://empress.xooit.com/t271-La-legende.htm#p2338
Et il ne sut jamais
Rating: T
Pairing: Will/Liz. James/Liz. L’amour que porté un père pour sa fille.
Genre: Tragédie, Death.
Résumé: CoBP. Et si Elisabeth était morte en tombant de la falaise. Venez lire les réactions de James, Jack, Weatherby et William.
Lien :
A quoi pense-t-il quand il me voit ?
Rating: T
Pairing: Teague/ Lane
Genre: Dans l’ordre : Mystère Humour Famille Death Drame Humour
Résumé: C'est une version que j'ai imaginé sur le passé de Jack Sparrow. L'histoire tourne également autour de Teague Sparrow, le père de jack et de sa maman, Lane...
Lien : http://empress.xooit.com/t213-A-quoi-pense-t-il-quand-il-me-voit.htm
Quand m'accepteras tu ? Jack Sparrow/Jack Sparrow
Rating: T.
Pairing: Jack Sparrow/Jack Sparrow (Yaoi)
Genre: Humour
Résumé: Au purgatoire de Davy Jones, Jack Sparrow perd la tête. Venez donc lire l'époustouflante aventure du Capitaine Jack qui rencontre son pire cauchemar : Lui.
Lien : http://empress.xooit.com/t272-Quand-m-accepteras-tu.htm#p2339
Un Jour, on se retrouveras
Rating: K.
Pairing: Willa
Genre: Romance. Attente. Espoir.
Résumé: Will est capitaine du HV. L'attente se fait longue et pénible.
Lien : http://empress.xooit.com/t245-Un-Jour-On-se-retrouvera.htm
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Rating: T. Pairing: Jack Sparrow/Jack Sparrow (Yaoi)
Genre: HumourRésumé: Au purgatoire de Davy Jones, Jack Sparrow perd la tête. Venez donc lire l'époustouflante aventure du Capitaine Jack qui rencontre son pire cauchemar : Lui.
Disclaimer : Rien est à moi.
- Jack Sparrow va dévaler la colline ! Attention ! Grand spectacle !
Au début, je cru qu’il ne tombera pas comme je l’avais pressentit mais en fin de compte, Jack dégringola avec une grâce toute naturelle le monticule sableux. C’est donc la tête sous terre et les fesses en évidence que l’homme dont j’attendais la venue se manifesta.
Je vis Jack se relever grognon et tous en m’approchant de lui, je le regardais enlever son propre bandana d’un geste rageur pour se débarrasser sauvagement des tonnes de sabre qui siégeaient dans son sensible cuir chevelu.
- AAAAAAAArggggg ! Foutez moi le camp de LAAAAA !
J’ironisais faiblement car oui, il n’y avait que l’illustre Jack Sparrow pour ne pas supporter le sable fin. Et moi qui le connaissais que trop bien, j’étais entièrement d’accord avec lui ! D’ailleurs, ma main explora ma chevelure et comme d’habitude, il n’y avait aucun grain de sable dérangeant.
- Comme s’il pouvait y en avoir…
J’arrivais enfin à sa hauteur mais il ne se soucia pas de moi, il était trop occupé à observer le lieu où il se trouvait. Je souris d’un air pince-sans-rire car oui, il n’y avait rien à contempler ici, à part un sol blanc et un ciel …blanc.
- Mais où suis-je encore tombé ? Se demandait-t-il finalement.
Selon mes sources, Jack venait de quitter un océan de sable pour un immense désert couleur neige. De quoi le surprendre et le rendre fou, en effet.
Il pivotait sans cesse sur lui-même, faisant virevolter ses perles, ses innombrables bijoux et ses immenses mèches de cheveux couleur d’ébène, non retenus par son bandana pour le moment. Il semblait être à la recherche de quelque chose ou de quelqu’un. Mais bien sur, il ne trouva rien car il n’y avait rien à trouver … « Au purgatoire de Davy Jones. » que je lui répondis mystérieusement au creux de son oreille.
Pris de surprise par ma voie si soudaine, Jack sauta sur ses pieds tel un ressort et se recula de plusieurs mètres en dégainant son pistolet. Le problème était qu’il me cherchait du regard sans toutefois m’apercevoir ; en effet, il ne pouvait pas me voir. Il clignait des yeux étonnée car il n’y avait vraiment rien autour de lui, il était étrangement seul !
- Euh…qui a parlé ? O.o ??
Le jeu commençait enfin et ma voie mystérieuse se fit une fois de plus entendre.
- Oh, ne t’inquiètes pas petit gars, ce n’est que moi ! Répondais-je, malicieux.
- Oh, je vois…’pas très bien !’ Mais qui êtes-vous donc ? Me demanda-t-il avec un sourire crispé aux lèvres. Ses yeux charbonneux me cherchaient désespérément dans le vide.
- Oh, tu veux savoir qui je suis ? Tiens donc, quelle étrange question ça !!
Mon sourire s’élargit tout seul tandis que je me rapprochais de lui par derrière en posant un bras sur ses deux épaules. Mon contact invisible le fit se raidir radicalement et la sensation de le sentir frissonner sous mes doigts accentua mon envie de jouer au chat et à la souris avec lui. C’était ainsi, Jack Sparrow était incapable de me voir en chair et en os…il ne pouvait pour l’instant que m’entendre …..Oui Jack ne pourra jamais me voir ni me sentir parce que…..
- Mais mon mignon, je suis Le Capitaine Jack Sparrow !
- Dis moi donc quelque chose, Moussaillon !
La pression de mon bras autour de ses épaules s’accentua à cause de mon impatience de ne recevoir aucune réponse et avec plus ou moins d’affinité, la proximité qui nous séparé l’un de l’autre disparut. Son corps se retrouva étroitement liés au mien et mes paroles s’évanouir au creux de son cou, d’où j’avais envie d’y déposer mes lèvres pour y goûter.
- Tu sais, je ne vais pas te manger……chaton. Le dernier mot s’échappa d’entre mes lèvres comme un ronronnement, à croire que c’était plutôt moi le félin en question.
Cependant, alors que je me sentais terriblement bien pour une fois dans ma vie, Jack fit son premier mouvement afin de se dégager de mon emprise.
Je ne m’y attendais pas ! Comment avait-il fait au juste ? En l’espace de deux secondes, je le vis se reculer. Son mouvement était souple et puissant, à tel point que son manteau s’envola autour de lui et comme par magie, la tête de son pistolet apparu droit sur mon front !
J’étais surpris qu’il me chope si facilement. Apres tous, n’étais-je pas sensé être invisible à ses yeux ! Mais le doute se vaporisa car quand je lu la peur et la crainte dans son regard, je compris qu’il pouvait enfin me voir, moi, son double !
- Tu me vois ?
Je voulus m’approcher mais Jack hurla à la mort soudain.
- AAAAAAAAhhhhhhhhhh Qu’il hurlait comme un fou, en abandonnant pistolet, bandana et courage. AAAAAAAAhhhhhhhhhh
- Il me voit…
Le regard dans la vague, j’étais trop abasourdie pour me rendre compte qu’il s’enfuyait à toute jambe.
Essoufflé jusqu'à en mourir, je n’arrivais pas à le rattraper, notre vitesse de course était visiblement la même. Je courais déjà depuis un bon quart d’heure en ligne droite et en donnant tout ce que j’avais mais il n’y avait rien à faire, il était toujours trop loin devant.
- Jack ! Tu vas t’arrêter triple buse, ça commence à bien faire ! Jaaaaacck !
Mais je devais continuer, je n’avais pas le choix car si je m’arrêtais, je risquais de le perdre de vue. Ainsi donc, je courus à un rythme plus ou moins irrégulier, la course n’avait jamais été mon fort dans la vie. A croire que Dieu avait donné des ailes à mon double disjoncté !
- Si je t’attrape, tu finiras à la casserole, tu m’entends ?!
Heureusement il me fallu courir qu’une dizaine de minutes de plus pour que la situation s’améliore. Je vis dessiner au loin, ‘au bonheur’, ce qu’il ressemblait à mon navire, mon magnifique Black Pearl. Et oui, même au Purgatoire de Jones, j’avais ma chérie d’amour. Relativisions, il n’y avait pas d’eau, ni d’équipage mais au moins j’avais un lit ! Bien sur, Jack l’avait vu lui aussi et c’est inexorablement qu’il changea sa direction pour foncer tête baisser vers ce qui semblait être le joyaux le plus captivant du monde.
- Hé, ne t’approche pas de ma perle ! Elle est à moi !! A moi !
Mais il ne semblait pas m’entendre car voila-t-il pas qu’il cherchait un moyen de monter à bord.
- Hé, Sac à puce, si tu la touches, tu finiras en fond de cale, tu m’as bien compris ?!
Mais Jack trouva un moyen de quoi l’escalader et quand enfin se fut mon tour d’être arrivé, il avait déjà disparut à l’intérieur!
- Hé, vermine, sort de là tout de suite, ce n’est pas ta perle, c’est la Mienne ! Descend, descend je te diiiiiiiiis ! ………
Mais comme il ne descendait pas, je finis par monter par les cordes d’abordage et fatigué comme jamais je ne l’avais été, je m’effondra comme une loque sur le pond.
- Erf….Montre toi Jacky, tu es perd….d….Erf- Erf ! Je n’avais même pas assez de souffle pour finir ma phrase.
Et bien sur, il n’y avait pas âme qui vive.
Bonté divine ! Il me regardait avec des yeux tellement exorbités que j’avais l’impression de m’adresser à un chiot en manque d’amour !
Il me dévisageait longuement, s’arrêtant sur mon bandana et sur mes barbichettes. Puis, il fit une grimace et me demanda avec quelque difficulté.
- ……… (ouvre la bouche) …… (ferme la bouche)……… (ouvre la bouche)…… (ferme…..non, s’évanouit dans mes bras !)
Il était tout léger, tout bonnement contre moi et si je ne l’avais pas tenue suffisamment fort autour de la taille, il serait tombé face contre terre.
Je le déposa délicatement sur le lit et pris soin de lui enlever ses bottes et son manteau. C’était étrange mais je n’avais pas imaginé qu’il puisse être si bouleverser en me voyant. Etais-je si horrible à contempler en fin de compte ?
Comme je le sentais se crisper et sur le point de s’enfuir de nouveau, je le pris par le bras afin qu’il ne s’échappe pas. Et puis pour l’apaiser, j’enroulais un doigt autour d’une mèche de cheveux. Je savais qu’il aimait particulièrement les caresses. Ça semblait le détendre un peu soit-il !
- Je ne suis pas un imposteur, Jack. Je suis toi et tu es moi, ça te semble si irréaliste ?
J’avais opté pour une voie calme et nostalgique. Mais il n’y avait pas de progression dans son comportement, il m’ignorait et cela m’énerver !
- J’airais cru comprendre qu’après toute nos aventures, tu aurais eut le courage de me regarder en face sans t’enfuir !
C’est par défi, je pense, que je déposais mes lèvres sur les siennes. J’en avais envie, un point c’est tout ! Mais comme à l’accoutumer, il ne réagissait point, donc peine perdue, j’abandonnais ma petite action embarrassante. J’aurais voulu qu’il se bouge, qu’il rouspète, qu’il se fâche, mais rien ne venait, Jack regardait le plafond.
Ses plaintes et ses cris augmentèrent au fur et à mesure que le temps passés mais cependant, au bout d’un moment, il m’était impossible de m’arrêter, j’avais sa taille entre mes bras, son corps chaud coincé sous le mien, nos jambes qui s’entremêlaient……je l’aurais garder contre moi ainsi jusqu'à la fin des temps si le coup de genoux dans mon entrejambe ne s’était pas manifester de si tôt. La douleur effarante effaça les frissons de plaisir qui circulaient dans mes veines et je fus éjecter par-dessus le lit en moins de temps qu’il ne fallu pour dire :
- Ok-ok, j’arrête, c’est finit, plus de baiser, pas tapé, pas tapé !
Il sautait sur moi avec une fougue revigorée, ses pieds m’écrasaient de partout alors que j’étais au sol, vulnérable. Pour finir, il hurla comme un damné, cracha et…
- Et que je te reprenne plus à venir me rendre visite, espèce d’eunuque !
La bouteille de rhum qu’il avait ramassée au sol se cassa en mille morceaux sur mon crâne et je perdis connaissance en compagnie d’une centaine de petit moineau. Ainsi je disparus de sa vie, mi amoureux, mi haineux. Et c’est en ricanant dans notre propre conscience que je me dis qu’il n’aura certainement pas la paix de si tôt !
- Salut Jack ! Saluera Jack en vigie !
- Bonne journée, capitaine ? demandera Jack, sourire ironique aux lèvres.
- A ta santé, vieux frère ! s’exclamera Jack, une chope de rhum dans chaque main.
- Quel sera le cap aujourd’hui Capitaine Sparrow ? Voudra savoir Jack, le mousse torse nu.
- Jacky, mon trésor, viens donc m’embrasser, je suis tout à toi ! Ce jack-ci l’enlacera et lui donnera un éphémère bisou de bienvenue sur la joue.
Et je me souviendrais toujours de ce hurlement si raffiné, si royal, si admirable, si sauvage, si animal, si plein d’effroi et de désespoir.
- AAAAAAAAHHHHHHHH !!
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Pairing: Aucun.
Genre: Mystère, famille, Humour.
Résumé: Jack est jeune, il vient de recevoir sa marque. Il est désespéré, il rêve à des choses qu'il ne devrait pas voir. La faucheuse l'observe, et venez donc découvrir de quoi elle pense de ce simple mortel!
Dans cet univers, où le monde tourne à l’envers.
Un livre noir, est posé sur une table.
Une plume y lévite, grattant un sombre avenir.
C’est la tache de l’objet, c’est un travail abject.
Dans cette bibliothèque, La Mort y pénètre.
Il choisit une existence, lit, et jubile d’impatience.
Et quand il repart, il est lassé de ses humains bellâtres.
Tel sera ton destin.
Il n’y aura nulle fin.
Car c’est moi qui décide
Pour toi sinistre débile…
Ainsi …
N’oublie Pas Jack Sparrow…Que Le Black Pearl T’Emportera aux Fonds des Eaux
Les yeux vides et larmoyants, les joues humides et fiévreuses, les habits déchirés et poisseux, les mains rongées et tremblantes, les pieds fatigués et ensanglantés, sa chair maudite par la marque des pirates et son cœur explosé en milles morceau…. Ce garçon, à peine âgé de 15 ans, n’avait plus envie de vivre.
Il s’appuyait contre un muret, se souvenant de sa vie encore et toujours.
Il avait le goût acre du sang et de la haine coincé dans sa gorge…Que lui était-il donc arrivé ?
« Sa mère était partie… » Il retient un sanglot en plaquant désespérément sa main contre son visage.
« Son père n’était jamais revenu, …» Mais les larmes continuaient de couler toutes seules sur ses pommettes, impossible de les arrêter. Il ne comprenait pas.
« Personne dorénavant ne voudra rester avec lui,… » Il se laissa tomber le long du mur pour finir en fœtus, les mains plaquées contre sa figure comme s’il ne voulait pas qu’on le voie.
…ça s’était passé tellement vite.
« On l’avait abandonné, trahi, et marqué… » De toute son âme, il se refusait de se laisser aller une nouvelle fois, de ne pas pleurer, ne pas supplier, ne pas s’effondrer.
« On allait le pendre…un jour où l’autre, il sera pendu, tel est la destinée d’un pirate »
Et comme la veille, comme il y a des semaines, des jours, des heures, des minutes, comme contre le muret précédent, Jack s’abandonna inlassablement à son chagrin.
La panique d’une mort certaine envahissait son esprit comme du poison.
- Maman…
Il s’endormit à même le sol, au moment où le soleil se couchait à l’horizon.
Il ne vit pas passer les chats errants, les catins travestis, les buveurs de rhum, les marins pécheurs, les soldats britanniques…alors qu’eux, ils étaient réveillés, ils ne le voyaient pas, ne s’en préoccupaient pas…de toute façon, ils étaient tous de la m… !!
Il resta une bonne partie de la nuit enroulé sur lui-même, frigorifié de froid par la mélancolie qui lui endolorissait la gorge, les reins, l’estomac et l’âme.
Il ne vit donc pas arriver un homme à la guitare sous le bras, marchant d’un pas nonchalant dans la ruelle et s’arrêter quand il se retrouva juste devant lui.
Jack ne lui répondit pas quand il lui disait de se pousser pour lui céder le passage, il ne fit aucune réflexion quand il lui envoya un coup de pied dans les cotes pour le faire bouger de force, et il ne se réveillait pas quand l’homme l’avait tiré par les cheveux et foutu des baffes. Jack continuait de dormir, dans un sommeil dangereux, même quand on le prit sous les épaules et les genoux pour l’emporter il ne s’imaginait pas où…
- Et bien petit gars ?! D’où est ce que tu sors comme ça.
La voie était monotone, très grave mais les yeux prévoyaient que cet homme avait compris beaucoup de chose sur le monde où ils vivaient… des choses dramatiques entre autres.
Et cet homme, aux breloques dans les cheveux, un chapeau lourdingue et la guitare sur le dos, regardait tragiquement l’adolescent inconscient dans ses bras, il y voyait le triste état du jeunot, …corps meurtri et cœur fendu.
Il vit ensuite la marque sanglante du cadet, restant un temps indéfinissablement long dessus avant de tourner de l’œil, esquivant un souvenir amer et mémorable.
- On découvre enfin la vérité de la vie, hein ? Faut pas te laisser emporter, tu m’entend gamin, il faut oublier…faudra plus y penser.
Mais Jack s’était enfuit dans un rêve où son existence n’était pas aussi pourrie…
- Père…
Il appelait son père…cet l’homme qu’il n’avait jamais vu, jamais connu, dont il ne connaissait point le visage. Dans son songe, en chair d’illusion, il se l’imaginait constamment apparaître avec sa mère à coté de lui, homme grand, bon et fort, quittant le foyer pour les protéger lui et sa mère, les quittant pour trouver fortune, le quittant pour lui montrer qu’un homme doit se sacrifier pour l’amour de sa femme et chercher la gloire à l’autre bout du monde pour se retrouver enfin et vivre ensemble… un doux éphémère, une douce chimère.
Il y croyait dur comme fer, mais ses larmes coulaient sans arrêt pendant des heures, il espérait un changement jusqu'à que migraine s’en suive, il priait jusqu'à que ses mains en prières ne puissent supporter les crampes, il chantait car il ne savait plus quoi faire d’autre, il criait quand il sentait l’envie périlleuse et irrésistible d’en finir une bonne fois pour toutes.
Il pleurait tous les jours en cachant ses torrents dans ses mains, ne voulant pas que l’on le voie pleurnicheur… non, il ne sera jamais un pleurnichard.
Mais la réalité était trop flagrante… c’était déchirant de s’en souvenir, un supplice de revoir la vraie face du monde, une malédiction de ne pas comprendre la raison de tout ceci… mais pourquoi toute cette souffrance, il n’avait pourtant rien fait… oui, surtout il n’avait rien fait.
Se faufilant entre les rues, l’homme arriva enfin devant son foyer. Il en ouvrit la porte d’un coup de pied et Jack toujours dans le creux de ses bras, il chercha un endroit où il pourrait le déposer. Il n’y avait malheureusement qu’un lit, le sien. Il le coucha dedans, se disant qu’il résoudra ce problème plus tard. Jack…dont il ne connaissait pas le nom… tremblait et commençait à s’étouffer inconsciemment dans l’un de ses cauchemars. Il était singulièrement petit pour son age et très frêle, comme s’il ne mangeait pas, ne se nourrissait plus.
Recroquevillé dans les couvertures, sa frimousse bougeait légèrement comme pour évacuer les visions qui hantaient son âme. Une main froide se posa instantanément sur son front, il était fiévreux et nageait en plein délire. Ce n’était pas drôle du tout de le voir ainsi combattre ses démons intérieurs, l’homme à la peau froide se permit de s’asseoir pour mieux observer le phénomène.
Jack se coinçait tout seul dans les draps car il se retournait sans arrêt.
Au bout d’un moment, ce fut immédiat, il était emmêlé entièrement, et l’homme s’inquiétait car il pourrait s’étrangler accidentellement de lui-même. Le corps littéralement serré dans la couverture, on avait plutôt l’impression que Jack ne cherchait que ce résultat, car il se calma instantanément comme si le contact du tissus immobilisant ses membres était normal et que le repos ne venait qu’un fois à l’étroit dans l’étoffes.
Par la suite, Jack resta silencieux et tranquille, la respiration devenait régulière et les paupières de ses yeux devenaient lisses au fur et à mesure qu’il sombrait dans un sommeil réparateur.
L’homme se posait beaucoup de question sur le cas étrange de ce jeune garçon.
Maigre, ayant la peau sur les os, il était sur qu’il ne devait pas manger souvent et depuis un sacré bout de temps. Il imaginait ce qui aurait pu se passer pour qu’il soit dans un si triste et misérable état. Surtout après avoir reçu une telle marque maudite sur son avant bras…
Ses vêtements en loques étaient très révélateurs sur son flagrant manque d’argent, et cette façon de rechercher le réconfort dans la tiédeur d’un lit… sûrement et fatalement l’abandon d’un proche…peut être d’une mère, il ne voulait pas trop y penser ou vraisemblablement y croire mais il ne put se persuader du contraire, un tel comportement de la part du mioche laissait croire bien des choses mauvaises….intensément imbuvables.
Il s’affaissa sur sa chaise vacante et posa mécaniquement sa guitare chétive sur son genou, commençant à jouer pour le chérubin un air de musique qui le rassurera peut être quand il l’entendra dans le fin fond de son sommeil profond…
Jack entendait une musique douce dans le creux de son oreille, mais il n’entendait pas distinctement car le son était brouillé par le bruit de ce gigantesque navire qui raclait un sol blanc rocailleux. Il ne savait pas où il se trouvait et il était constitué de particules uniformes, son corps se formant et se dégradant inexorablement dans cet univers blanc.
Il était en train de planer au dessus d’un homme qui courrait après ce navire qui continuait à avancer.
Il ne le connaissait pas, cet homme aux dreadlocks innombrables, et à l’allure plutôt originale. Avec ses breloques, son tricorne, ses bouts de chiffons qui lui bandaient les mains…il faisait des signes extravagants au bateau comme si lui parler le ferait s’arrêter.
Il se sentit descendre, les bras se détachant des jambes, de la tête, des doigts et même de la langue aussi, il fonçait ainsi démembré vers le mât du navire et le traversa sans aucune douleur, il ne pouvait ni parler pour appeler cet homme en bas, ni crier sa panique, il ne pouvait pas non plus fermer ses paupières, ni bouger le moindre petit doigt, il était emporté tel une feuille sous le vent de l’ouest.
Il pouvait seulement voir et entendre …voir ce que l’on ne doit surtout point voir pour un mortel de sa trempe.
La musique était loin maintenant, il se sentait seul…il n’avait plus qu’une envie, c’était de se poser sur le bateau et d’y rester jusqu'à l’éternité.
Sur de telles pensées, La Mort l’entendit et regarda de plus près ce jeune mortel qui désirait en finir avec sa vie.
Il ne savait pas comment Jack avait pu venir dans cet endroit…Au Purgatoire de Jones, mais en voyant l’autre homme présent en ce lieu et en faisant la comparaison des âmes, il comprit rapidement que Passé et Futur se chamaillaient.
Visiblement, Jack du Futur voulait montrer quelque chose au Jack du passé pour lui prouver que la vie valait le coup d’être vécue.
La mort, dont son travail avait souvent des légères bizarreries comme celle ci, se contenta de les laisser s’expliquer entre eux. Mais Jack du Passé, n’écoutant point et ne voulant non plus comprendre, se laissa inéluctablement emporter vers une mort certaine.
La mort claqua des doigts, envie soudaine de rajouter son grain de sel…
La mort apparut debout en équilibre sur un mât, invisible aux yeux des Deux Jack, et en s’y prenant doucement, il commença à changer leurs destins …
Le jeune Jack ne comprenait pas le changement de son corps, il sentait une transformation et soudain sous forme d’une enveloppe consistante, il atterrissait correctement sur le pont.
L’homme qui était à terre plus tôt montait à présent sur le bastingage, Jack du Passé le regardait escalader les mâts avec une facilité déconcertante. Qui était ce donc ?
Il commença à poser ses yeux curieux autour de lui pour voir ce lieu étrange, il toucha chaque corde car il ressentait bizarrement une envie irrésistible de toucher encore et encore chaque parcelle de ce magnifique bâtiment. Il dévorait des yeux chaque voilure, levant les bras en espérant les toucher, voulant pour une raison qui ne comprenait pas de monter jusqu'à la haut et de sentir le vent s’engouffrer dans ses cheveux, entre ses vêtements, sentir un air frais libérer ses entrailles de toute les puanteurs des villes. Cet homme avait de la chance, il était à la place où il voudrait être… il voyait sa chevelure aux dreadlocks noires s’ébouriffer au contacte des bourrasques de l’Est, il voyait son sourire, et entendait ses éclats de rire…des rires joyeux ! Lui, au moins… C’était un homme libre
Il le regardait tristement mais aussi avec une pointe de jalousie car jamais lui, il ne sera satisfait…. Tout était contre lui, jamais on ne le laissera en paix.
La Mort était toujours en suspension dans le vide, les talons touchant à peine le bois du mât.
Il bailla et renifla dédaigneux.